Je me souviens de ses doigts, oh, ces doigts... Immenses, d'une taille herculéenne, boudinés et encrassés, tels de vieux saucissons dont on aurait oublié l'existence et qui auraient prodigieusement pourri. Ce qui servait de soutien à ces ignobles choses (et je n'ose utiliser l'appellation « bras ») n'était guère dans un était plus raffiné. Ce n'était qu'amoncellement de corpulence, de cellulite, de pustules purulentes qui menaçaient d'éclater à tout instant. Et lorsque je m'aventurais à observer l'état de ses tonneaux, pardon, de ses jambes... je regrettais avec épouvante cette initiative harassante. Je me dois d'avouer que ces barils étaient d'une superficie ineffable, d'autant plus que ceux-ci étaient dans un état apocalyptique. Il n'y avait pas un seul recoin qui n'était pas avili d'un monticule de vergetures et de kystes. Cela va sans dire que cette surface grotesque était galvaudée de poils noirs et de plis adipeux où s'entremêlaient moisissure et sueur empuantie. Son ventre, lui, était semblable à une quintessence d'atrocité. Il n'était constitué que d'opulence et, sous ces amas d'obésité qui faisaient des vagues de graisse lorsqu'elle se lovait confortablement sur le matelas, il était impossible de retrouver ne serait-ce qu'un os saillant qui aurait pu révéler l'humanité de cette anomalie vivante. Toute divinité avait été engloutie par cette éléphantesque et aberrante présence dont l'existence sonnait presque comme une erreur, une bêtise incorrigible. Pourtant, pourtant oui, aussi infect et infâme cela résonnait dans mon esprit, j'étais indubitablement amoureux de cette abomination abjecte.